• Tribune de l'économiste Gérard Lafay dans la Revue Républicaine


    Bilan d'un euro cher

    (extraits)

    Cinq ans après la disparition des monnaies nationales, les deux principaux candidats à l'élection présidentielle française critiquent conjointement le niveau trop élevé de l'euro, sans voir que celui-ci résulte de la stricte application des règles de gestion fixées par le traité de Maastricht. A défaut d'exiger une révision de ce traité, leurs critiques paraissent purement électoralistes. En sens inverse, les défenseurs de l'euro cher font preuve du même simplisme dans leurs arguments. Essayons de tirer objectivement le bilan de la politique monétaire suivie par la Banque centrale européenne.

     [...]

    Car en réalité, l'inconvénient le plus grave de l'euro cher est la diminution de l'attractivité. En élevant les salaires relatifs vis-à-vis des autres pays, c'est-à-dire en rendant trop coûteux le travail, il défavorise tout le territoire de la zone euro, que les entreprises soient locales ou extérieures. Non seulement l'investissement productif intérieur y est handicapé, mais il ne s'oriente que vers des gains de productivité, sans extension des capacités de production sur place. Dans l'immédiat, l'emploi diminue, et la demande intérieure est d'autant plus ralentie que les salaires tendent à être comprimés. A terme, l'offre est brimée, ce qui pénalise la croissance potentielle. Quant aux entreprises mondialisées, elles délocalisent leur production vers des zones plus attractives, soit directement par l'investissement, soit indirectement en passant des accords de partenariat.

    Ce mouvement est général pour l'ensemble de la zone euro, prolongeant les effets délétères qu'avait donnés antérieurement l'accrochage de diverses monnaies au deutsche mark. C'est la raison pour laquelle la santé florissante des entreprises dominantes ne signifie pas automatiquement une bonne santé économique sur le territoire national. L'économie intérieure de l'Allemagne est malade, comme celles de la plupart des pays de la zone euro. Le chômage y est élevé, et sa décrue récente traduit surtout le fait que la démographie y est encore plus catastrophique qu'en France. Contrairement à une idée qui reste trop répandue, ce n'est pas sur le commerce extérieur que se fait sentir le principal impact d'une monnaie chère. Sauf au départ, où il était meilleur marché, l'euro a engendré une anémie structurelle du produit intérieur brut. La persistance d'un chômage de masse en est la conséquence directe.

    [...]

    Loin d'avoir été accidentel, le référendum [du 29 mai 2005] a mis au grand jour la rivalité essentielle entre deux camps opposés : d'un côté, les bénéficiaires de l'euro cher et d'une libéralisation sauvage, partisans naturels du oui (principalement les grandes entreprises et les élites mondialisées, les vieux et les retraités) ; de l'autre, les victimes rassemblées logiquement autour du non (la grande masse des salariés, les petits patrons, les jeunes et les chômeurs). Apparue à cette occasion, cette nouvelle ligne de clivage va s'imposer de plus en plus dans l'avenir.

    Gérard LAFAY

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