• Les Gracques : une « gauche moderne » bâtie sur des théories économiques du XIXe siècle

    Les gazettes et les blogs ne parlent que de cela : le «Manifeste pour une gauche moderne » publié par le gracques, collectif de hauts fonctionnaires sociaux libéraux. Ce texte est en fait d'une très grande pauvreté intellectuelle et ne justifierait pas que l'on passe du temps à le commenter si des médias serviles ne s'en faisait pas l'écho. Pratiquement tous les points de ce manifeste sont sujet à caution,  à critique et à discussion comme l'a magistralement démontré Malakine. J'ai choisi de m'intéresser plus particulièrement à la vision économique qui sous-tend le raisonnement des ces « modernisateurs » de la gauche. Loin d'être moderne (et encore plus loin d'être progressiste) leur analyse économique reprend entièrement le corpus théorique des économistes néo-classiques du dix-neuvième siècle : des individus atomisés, essentiellement des petits entrepreneurs se confrontent sur un grand marché efficient. De ce marché résulte une répartition des richesses globales juste et dont le niveau est socialement immuable, si ce n'est à causes des « comportements immoraux » et des « rentes » dus à l'insuffisance de marché... Les traits actuels du capitalisme dominé par la finance sont totalement occultés et les injustices sociales réduites à des problèmes de redistribution interindividuels. Ce faisant, les graques passent totalement à côté des défis économiques actuels et  se font les zélateurs des réformes souhaitées par la classe dominante.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p>

    1.     Sur l'économie de marché comme source de création de richesse

    <o:p> </o:p>

    ð     « La gauche doit dire clairement que l'économie de marché est une bonne chose même si les valeurs marchandes ne doivent pas tout envahir. Elle doit en comprendre la dynamique positive, celle qui permet de créer des richesses collectives et individuelles et de servir finalement la justice sociale »

    <o:p> </o:p>Le problème n'est pas qu'il existe une économie de marché, ce qui signifie simplement que les prix des produits et services se fixent par confrontation de l'offre et de la demande. Le vrai problème est que l'économie est avant tout une économie capitaliste, où le capital, au nom du droit de propriété, s'approprie une part de la richesse crée par le travail collectif. Ce n'est pas l'économie de marché qui crée la richesse, mais la production qui est une logique non pas de confrontation mais de coopération ! Car dans la logique de marché, le principe est celui de la confrontation entre des individus ou entre des entreprises qui cherchent chacun à maximiser leur utilité individuelle, et pour cela cherchent soit à acheter le moins cher possible soit à vendre le plus cher possible. Dans ce jeu, le gagnant est celui qui de par sa position de force ou sa roublardise, parvient à réaliser un bénéfice commercial au détriment d'une ou plusieurs autres personnes (qui seront contraintes de vendre moins cher ou de payer plus cher un bien ou un service). Le bénéfice des uns étant une perte pour les autres il n'y aucune création de richesse possible, simplement une répartition différente. Le marché est ainsi un lieu de redistribution de la richesse qui a été crée par la production, mais en aucun cas un lieu de création de richesse. Ainsi affirmer que « La gauche moderne veut mettre de la redistribution partout où il y a du marché » n'est qu'une tautologie !
    <o:p> </o:p>

    La production, est au contraire un acte de création de richesse sous la forme de produits et de services. Pour produire efficacement, il faut que différentes personnes combinent leurs compétences (manuelles, intellectuelles) et coopèrent ensemble : c'est le travail collectif. Dans sa forme moderne, celui-ci s'effectue au sein d'entreprises, qui par définition sont des formes d'organisation distinctes du marché : à la régulation marchande qui n'est qu'une confrontation d'intérêt individuel, elles opposent une forme de régulation collective de l'acte de production. Cette régulation n'et pas automatiquement plus harmonieuse que celle du marché. Simplement, dans l'organisation qu'est l'entreprise, la confrontation entre les producteurs (nous résonnons ici dans le cadre d'une entreprise entrepreneuriale ou coopérative, où les propriétaires du capital n'interviennent pas... nous verrons que la réalité est tout autre) va permettre l'élaboration de compromis : la sécurité de l'emploi pour les salariés contre leur acceptation d'être diriger par un chef d'entreprise (alors que dans un marché purs, ils loueraient leur force de travail au jour le jour à l'employeur le plus offrant) ; la garantie d'un accroissement de leur salaire en contrepartie d'effort de productivité accrus.... Ce mode d'organisation, par rapport au marché, permet de substantiels gains de productivité, car elle établie une relation durable entre les producteurs qui développent leur efficacité et travaillent pendant le temps qu'ils passaient autrefois sur un marché à contracter ou à re-contracter.

    Mais surtout, là où le marché est un lieu de redistribution (entre producteurs, et aussi entre producteurs et consommateurs), l'entreprise (ou la production) est le lieu de la distribution primaire des richesses entre le capital et le travail. Si l'on veut réduire les inégalités, c'est au niveau de la répartition primaire de la valeur ajoutée qu'il faut agir !
    <o:p> </o:p>

    2.     Sur la confusion entre entreprise et société de capitaux

    <o:p> </o:p>

    ð     « il faut cesser de voir dans l'entreprise un ennemi ».

    <o:p> </o:p>

    La gauche, n'a jamais été défavorable à l'entreprise comme structure productive, mais à sa forme capitaliste qui octroie une rente aux propriétaires des capitaux. Bien au contraire, on a souvent reproché à la gauche d'être productiviste ! La gauche est pour les entreprises, mais contre les grandes sociétés de capitaux privés. En effet, le problème est que l'entreprise n'existe pas juridiquement. La seule entité dotée de la personnalité juridique (et donc de droits) est la société (les anglo-saxons disent « corporation »). Hors, une société est constituée par l'apport initial d'un capital ; le ou les propriétaires de ce capital sont ceux qui sont reconnus comme ayant des droits (et normalement des devoirs) sur la société. Ainsi, le rôle premier d'une société est de servir l'intérêt de son ou de ses propriétaires. Dans ce cadre, l'intérêt des autres producteurs qui sont au service de la société (i.e. les salariés) est secondaire.  Ceux-ci reçoivent une rémunération (le salaire), mais qui est inférieure à la richesse qu'ils ont crée par leur travail (ce que l'on nomme la Valeur Ajoutée), la différence étant le profit qui échoit aux propriétaires de l'entreprise.

    <o:p> </o:p>

    Le mouvement socialiste a toujours affirmé que l'on peut produire efficacement avec un autre mode d'organisation (entreprise publique, mutuelles, coopératives).

    <o:p> </o:p>

    3.     Sur le mythe du petit entrepreneur dans une économie dominée par les sociétés de capitaux

     

    -         « La gauche doit être favorable aux entrepreneurs. ».

    <o:p> </o:p>

    Le problème, est que dans une société où les richesses monétaires sont concentrées dans le mains de quelques privilégiés et/ou dans les mains de grandes sociétés bancaires ou financières, un travailleurs qui de par son talent ou sa créativité souhaite fonder une entreprise n'a pas toujours accès au capital lui permettant de se lancer. Le taux de disparition des jeunes entreprises au bout de qq années d'existence est par ailleurs très élevé. Bien sûr il faut soutenir l'innovation, mais celle-ci ne passe pas uniquement par l'entrepreneuriat : de grandes innovations ont vu le jour grâce à des chercheurs au sein d'institutions publiques, ou grâce à des ingénieurs salariés au sein de d'entreprises. Cette apologie du petit entrepreneur individuel est d'autant plus déroutant, que la tendance historique est à la salarisation croissante de la main d'œuvre. Si ces dernière année ce mouvement s'est stabilisé, c'est que de plus en plus de personnes n'arrivent pas à trouver d'emploi salarié et sont obligé de se mettre à leur propre compte. Dans beaucoup de cas, ils échouent. D'autant plus que tout ceux qui créent un entreprise n'ont pas forcément un esprit innovateurs et se contentent de créer des activités tout à fait respectables et utiles mais sommes toutes assez conventionnelles : aide à domicile, restauration... Par contre, de plus en plus de grande entreprises  préfèrent employer des travailleurs indépendants comme prestataires plutôt que de les salarier, car cela leur permet de ne pas payer de cotisations sociales sur leur travail et leur faire porter le risque économique (il est plus facile de mettre fin à une relation commerciale qu'à un contrat de travail). 

    <o:p> </o:p>

    4.     Sur le risque et sa répartition dans le capitalisme de marché financier

    <o:p> </o:p>-         « Le goût du risque est facteur d'innovation et de croissance » :
    <o:p> </o:p>effectivement. Pourtant, ce qui est stigmatisé ici c'est le supposée manque d'initiative des travailleurs qui cherchent avant tout à devenir fonctionnaires ou à travailler dans une grande entreprise. Ce genre de constat rejoint directement les analyses du Medef qui fait l'apologie de la « société du risque »... alors précisément,  que les capitalistes cherchent par tout les moyens à se défausser du risque sur les salariés et la collectivité. En effet, selon les principe libéraux, la justification économique du profit, est qu'il rémunère la prise de risque : un actionnaire assume normalement le risque de défaillance de l'entreprise puisqu'en cas de faillite il est le dernier dans l'ordre des créanciers. En contrepartie de ce risque et de l'indisponibilité de l'argent qu'il a prêté, il reçoit une rémunération variable (le dividende) qui peut être élevée si l'entreprise réalise des profit ou nulle si celle si est en mauvaise santé financière. Mais ce beau modèle n'est plus d'actualité. Désormais, les investisseurs ne veulent plus prendre de risque et exigent au contraire que la rentabilité de leur investissement leur soient garantie et cela à hauteur des fameux 15 % de rentabilité économique. <o:p> </o:p><o:wrapblock><?xml:namespace prefix = v ns = "urn:schemas-microsoft-com:vml" /><v:shapetype id=_x0000_t75 stroked="f" filled="f" path="m@4@5l@4@11@9@11@9@5xe" o:preferrelative="t" o:spt="75" coordsize="21600,21600"><v:stroke joinstyle="miter"></v:stroke><v:formulas><v:f eqn="if lineDrawn pixelLineWidth 0"></v:f><v:f eqn="sum @0 1 0"></v:f><v:f eqn="sum 0 0 @1"></v:f><v:f eqn="prod @2 1 2"></v:f><v:f eqn="prod @3 21600 pixelWidth"></v:f><v:f eqn="prod @3 21600 pixelHeight"></v:f><v:f eqn="sum @0 0 1"></v:f><v:f eqn="prod @6 1 2"></v:f><v:f eqn="prod @7 21600 pixelWidth"></v:f><v:f eqn="sum @8 21600 0"></v:f><v:f eqn="prod @7 21600 pixelHeight"></v:f><v:f eqn="sum @10 21600 0"></v:f></v:formulas><v:path o:connecttype="rect" gradientshapeok="t" o:extrusionok="f"></v:path><o:lock aspectratio="t" v:ext="edit"></o:lock></v:shapetype>

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    </o:wrapblock><o:p></o:p>

    La conséquence de cette priorité donnée au revenu des actionnaires c'est que les entreprises sont obligés à la fois de comprimer leur coût (logique déflationniste) y compris par des licenciements ou des externalisations, et de reverser la totalité de leur profit aux actionnaires au détriment de l'investissement ! Car non seulement les actionnaires n'assument plus le risque pour lequel ils sont rémunérés mais ils ne financent plus l'investissement des entreprises !

    <o:p> </o:p>

    En effet, lorsqu'une entreprise procèdent à une augmentation de capital, elle émet des actions qui sont souscrites par des actionnaires contre le versement d'une certaines somme d'argent. Cet argent doit normalement augmenter les capitaux propres de la société pour lui permettre de disposer de d'avantage de liquidité pour par exemple financer des investissements. Or depuis les années quatre-vingts dix, les émissions d'actions (i.e. l'argent apportée par les actionnaires aux entreprises) sont inférieures aux montants des dividendes et autres rachats d'actions (i.e. l'argent que l'entreprise verse aux actionnaires), comme le montrent les données ci-dessous :

    <o:p> </o:p>Emissions d'actions nettes des rachats d'actions et de dividendes versés (estimation à partir dividendes versées par seul CAC 40) – en milliards d'€[1].
    <o:p> </o:p>
    <o:p> </o:p> 2003
    2004
    2005
    Total rachats d'actions

    10,3

    12

    10

    Dividendes versés (cac 40)

    14,1

    16

    24

    Total émissions d'actions

    22,8

    10,6

    14

     Total émissions nettes d'actions

    - 1,6
    - 17,4
    - 20

            Sources : La lettre de Vernimen à partir données AMF et rapports annuels

    <o:p> </o:p>

    Comme le note Dominique PLIHON (in « le nouveau capitalisme », ed. La découverte), les marchés financiers ne financent pas les entreprises mais au contraire les ponctionnent !

    <o:p> </o:p>

    5.     Une vision rétrograde

    <o:p> </o:p>

    Or sur tous ces point fondamentaux du capitalisme il n'y a pas un seul mot dans le manifeste des gracques ! Ceux-ci adoptent le point de vue des économistes néo-classiques du XIXe siècle : ils font l'apologie d'une économie fondée sur un marché pur et efficient, et composée de petits entrepreneurs ! Ils veulent nous faire croire que ce sont les marché libre qui créent la richesse et pas le travail collectif. Ils veulent réduire l'entreprise à la figure héroïque de l'entrepreneur innovateur alors qu'elle n'en a jamais été aussi éloignée. Ils veulent nous faire croire que les inégalités et les injustices sociales sont un problème inter-individuel alors qu'elles sont la caractéristique capitalisme néo-libéral.

    <o:p> </o:p>

    A aucun moment ils n'évoquent la politique macroéconomique, grand acquis du keynésianisme. La politique monétaire et l'euro surévalué ? Pas un mot ! Comment soutenir et relancer la croissance ? Rien ! Quels investissements en infrastructures de communication ou de santé doit on effectuer pour répondre au défis sociaux et environnementaux ? Inexistant !

    <o:p> </o:p>

    A les écouter, la source de tous nos mots se sont les « rentes » de situation dont bénéficient certains : on comprend bien que ce ne sont pas les rentes financières qui sont en causes (puisqu'ils n'en parlent pas) mais les quelques avantages professionnels dont bénéficient certains salariés (cheminots ou électriciens/gaziers) !

    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>

    POURTANT

    <o:p> </o:p>

    -         Notre société est majoritairement composée de salariés.

    -         L'économie est dominée par de très grandes entreprises multinationales exclusivement au service des actionnaires.

    -         Le libre échangisme commercial met en concurrence les travailleurs et les nations tandis que le liberté de circulation des capitaux encourage la spéculation source de graves crises.

    <o:p> </o:p>

    Dans une telles situation :

    <o:p> </o:p>

    Il est inconscient de prôner la « négociation entre partenaires sociaux » pour résoudre la question de l'emploi et des conditions de travail : Avec qui les syndicat pourraient-ils négocier si ce n'est avec un patronat en position de force absolue ? Seule l'intervention de la puissance  publique permet au contraire de rééquilibrer une situation en faveur de la partie la plus faible (à supposer bien sûr que les dirigeants soient au service de l'intérêt général...). Les Gracques ferait bien de se rappeler Lacordaire : » parfois c'est la liberté qui opprime et la loi qui délivre ».

    <o:p> </o:p>

    Face à une telle situation, il est illusoire et dangereux de réduire le rôle de l'état à des actions d'ascension sociale ! Les Gracques parlent d'une gauche redistributrice : mais la redistribution qu'ils évoquent  s'effectue dans un cadre donné, à savoir celui d'un partage de la valeur ajoutée durablement déformé en faveur du capital. La redistribution ici évoquée est une redistribution secondaire et non pas primaire. Selon eux, La redistribution doit aller de certains riches vers certains pauvres (les « exclus ») et non pas du capital vers le travail.

    <o:p> </o:p>

    Pris globalement, leur réflexion s'articule autour du fait que la société doit rester inégalitaire, mais qu'ils doit y avoir un turn-over social au niveau individuel : il y aura toujours des puissants et des défavorisés, simplement par l'ascenseur social, à chaque génération certains enfants de riches doivent devenir pauvres et certains enfants de « pauvres » devenir riches...

    <o:p> </o:p>

    A chaque ligne, on a l'impression de lire un manifeste écrit par quelques aristocrates débonnaires et soi disant « éclairés » au temps de la restauration ou du second empire ! Ils passent pas perte et profit tout les progrès de l'économie politique réalisés par Marx, Keynes ou les économistes institutionnalistes (Commons, Veblen...). Ils « oublient » de dire que la mise au pas de finance, du libre échange entre 1944 et 1980 a permis un cycle de croissance et de progrès économique sans précédent. Derrière ce galimatias d'idée reçues et de bons sentiments qui n'est que la resucée de l'idéologie dominante on distingue clairement les intérêts que défendent finalement les gracques : ceux des classes dominantes.



    [1] Nous n'avons pu obtenir le montant des dividendes versés par l'ensemble des entreprises cotées sur la place d'Euronext Paris, mais il va de soi que le transfert de richesse en faveur des actionnaire aurait été encore plus important.



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  • Commentaires

    1
    Mario
    Jeudi 11 Octobre 2007 à 00:20
    Faux debat
    Aujourd’hui l’on entend de plus en plus à gauche le grand discours de la nécessaire acceptation de « l’économie de marché », que l’on oppose volontairement au collectivisme, afin d’en faire une évidence et une obligation de gestion économique. L’on oublie que cette expression désigne tout simplement une économie capitaliste, dont les dirigeants fondent et coordonnent leurs décisions en s’appuyant sur les forces et faiblesses du marché. Défendre l’économie de marché seule, revient donc à défendre l’économie capitaliste seule. Le plus surprenant c’est que personne en France ne parle de la réalité des faits, nous sommes dans une économie mixte. Economie au sein de laquelle le secteur privé et le secteur public contribuent tous deux à l'activité économique. Une économie mixte est une économie dans laquelle coexistent de nombreuses entreprises privées et un secteur public puissant, comme en France (mélange d'idées capitalistes et socialistes). Il peut aussi s'agir d'un système économique visant à la création de sociétés industrielles dont le financement se fait à l'aide de capitaux publics et privés. Par exemple, un gouvernement peut promouvoir la libre entreprise tout en se réservant certains domaines de l'économie par la nationalisation, ou alors peut privatiser toutes les entreprises tout en créant un cadre judiciaire qui limite sévèrement leur action et permet au gouvernement d'exercer un contrôle de facto sur ces entreprises. La plupart des pays ont aujourd'hui un système économique mixte à un certain niveau (plus ou moins social ou capitaliste) , mais l'expression est surtout utilisée de façon perverse pour décrire les pays où l'état contrôle directement une part importante de l'économie. Aux États-Unis, le système économique est davantage fondé sur le capitalisme, tandis qu’en Chine, il a plutôt tendance à être socialiste. La plupart des autres pays, y compris le Canada, s’appuient à la fois sur le marché et sur l’État; on considère ainsi qu’il s’agit d’économies mixtes. L’État, qui exerce un contrôle notable dans les économies socialistes, joue quand même un rôle beaucoup plus important dans les économies mixtes que dans les autres économies. La Chine parle officiellement d'« Économie socialiste de marché » pour son système économique, qui est cependant (très) différent d'une Économie sociale de marché. C’est en Allemagne de l'Ouest, et aujourd'hui en Allemagne, que le système de régulation est identifié sous le terme d'économie sociale de marché. L’économie sociale de marché (Soziale Marktwirtschaft) est un système de régulation économique, mis en place en Allemagne de l'ouest et en Autriche pendant la Guerre froide, fortement inspiré par l'ordolibéralisme *. En Allemagne, ce modèle a été institué par Ludwig Erhard, ministre de l'économie sous le chancelier Konrad Adenauer, puis chancelier lui-même de 1963 à 1966. L'économie sociale de marché se veut une voie médiane entre socialisme et capitalisme, et cherche à maintenir et obtenir à la fois une croissance élevée, une faible inflation, un faible chômage, de bonnes conditions de travail, une protection sociale et des services publics, à travers une intervention active de l'État. Bien que controversé au départ, ce modèle s'est imposé en Allemagne comme en Autriche, et on lui attribue parfois le «Wirtschaftswunder » (en allemand miracle économique) de ces pays. Au cours des dernières années, de nombreux gouvernements ont rééquilibré l'organisation de leur économie en réduisant la taille du secteur public par des programmes de privatisation, qui ont consisté à vendre des entreprises appartenant à l'État (où dans lesquelles l'État détenait une participation importante) au secteur privé. Parmi les nombreux problèmes soulevés par les privatisations, le plus important est celui du rôle que doit jouer le secteur public dans l'activité économique. En général, il est facile de convaincre l'opinion publique qu'une société de produits chimiques ou qu'une compagnie aérienne peut être mieux gérées par une entreprise privée que par l'État. En revanche, il est beaucoup plus difficile de parvenir à un consensus sur le fait qu'il est conforme à l'intérêt public de céder au secteur privé le réseau ferroviaire, le service postal ou des services comme l'alimentation en eau. Il est bien sûr toujours possible d'adopter une politique intermédiaire, en établissant un système de contrôle de l'État sur des sociétés privatisées, ou en versant des subventions à ces sociétés pour leur permettre de satisfaire certaines nécessités d'intérêt public, comme le maintien de services postaux ou ferroviaires dans les zones rurales. Mais cette politique intermédiaire est difficile à mettre en œuvre. En effet, il peut être malaisé pour l'autorité de tutelle d'une activité privatisée de concilier la protection de l'intérêt des usagers avec la nécessité pour l'entreprise de réunir les fonds dont elle a besoin pour investir, et il existe souvent un conflit entre les missions de service public et l'objectif de profit qu'une entreprise poursuit nécessairement. Voilà le coeur du problème, de nos jours, la plupart des économies sont reconnues comme des économies mixtes, puisqu’en réalité le marché et l’état jouent tous les deux un rôle essentiel dans leur roulement. Mais l’action des politiques gouvernementales, subissant ou approuvant les directives européennes, transfère de plus en plus les domaines jusqu’alors réservés de l’Etat au secteur privé. Dans les domaines de la production et de la consommation, chaque type d’économie doit tenir compte des questions fondamentales suivantes : Quels biens et services doit-on produire et en quelle quantité? Comment doit-on répartir les ressources limitées telles que la main-d’œuvre et le capital pour produire des biens et services? Comment doit-on distribuer les biens et services disponibles dans l’ensemble de la population? Quel prix doit-on attribuer à un bien ou à un service? Les entreprises, l’État, ou les deux, peuvent prendre des décisions dans ces domaines et les mettre en application. C’est ce juste équilibre qui engendrera le progrès social, c’est ce dosage économique possible dans le cadre d’une économie mixte. Une évidence pour certain, alors pourquoi ne pas le dire ? La politique euro française depuis 1983, c’est de moins en moins d’état et de plus en plus de capitalisme, nos propositions doivent allez dans le sens du rééquilibrage entre économie de marché et Etat. Tout autre débat sera stérile ou favorable au capitalisme.
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