• Face aux violences urbaines, la police a été désarmée

    Par Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS, pôle sécurité et société IEP Grenoble.

    Entretien au magazine L'Expansion (droits réservés), Décembre 2006, n° 714.

    Il y a un an, les émeutes des banlieues ont pris tout le monde de court...
    -La surprise tient à ce qu'il n'y a rien de comparable dans l'histoire française récente. Ensuite, les responsables ont été étonnés par le mécanisme de contamination, car ils croyaient avoir affaire à des « violences urbaines » classiques, qui s'arrêtent au bout de quelques jours. D'ailleurs, après la mort des deux adolescents dans un transformateur électrique de Clichy-sous-Bois, les affrontements restent circonscrits à une seule cité. De même quand, en période de ramadan, une grenade lacrymogène tombe près d'un lieu de culte à Clichy. C'est seulement après que les émeutes débordent vers d'autres communes. Certes, le virus a un cycle de vie court - trois ou quatre jours -, mais il se transmet rapidement à d'autres villes et encercle Paris. Une contamination par proximité qui touche les grandes villes de province. Plus de 500 communes ont été concernées ! Ces événements ont été tellement minimisés qu'on en oublie l'ampleur. Il y a eu 3 000 interpellations (et plus de 400 condamnations), ce qui veut dire que des dizaines de milliers de personnes étaient dans la rue, attaquant la police, brûlant plus de 10 000 voitures, 200 bâtiments publics et 74 locaux privés.


    Pourquoi les pouvoirs publics ont-ils paru débordés ?
    -En raison de l'impréparation du gouvernement. Pas seulement du fait de Nicolas Sarkozy, qui, sur ce plan, n'a pas opéré de rupture avec la période Jospin. A la fin du gouvernement socialiste, les chiffres des violences urbaines étaient mauvais : le directeur général de la police nationale a alors décidé de débrancher les compteurs du Système d'analyse informatique des violences urbaines. A son arrivée, Sarkozy ne l'a pas rebranché et a même cassé le thermomètre pour ne pas connaître la température. Et il a créé un nouvel indicateur, mais pas avant le début de 2005, soit au bout de trois ans. C'est dire que les violences urbaines n'étaient pas une priorité. De plus, les RG ont été privés de leur fonction de connaissance des situations au profit d'une mission de police judiciaire, pour aider à interpeller les auteurs de délits. Ils n'ont plus à fournir de la connaissance, puisque, selon la doctrine du ministre, « comprendre, c'est déjà excuser ».


    Lire l'intégralité de l'article


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :